Au rythme de nos performances !
Un peu de théorie…
Le fonctionnement de notre organisme est planifié de manière circadienne : en d’autres termes, chacune de ses activités est réglée sur une période de 24 heures. Cette organisation particulière résulte d’une interaction entre trois systèmes. Une "horloge endogène" envoie un signal rythmique proche de 24 heures au reste de l’organisme. Les rythmes spontanément issus de cette horloge biologique sont également marqués par des "donneurs de temps externes" (lumière, repas,…) qui les aident à se resynchroniser. Enfin, un troisième processus relatif à des facteurs masquants (activité, posture et/ou environnement de l’individu) va interagir avec l’expression naturelle de ces rythmes biologiques.
L'analyse de ces derniers par les spécialistes du sommeil a montré des différences interindividuelles liées au fait que nous soyons soit du matin, soit intermédiaire, soit du soir (notre «chronotype»), et au besoin de sommeil de chacun de nous. Cependant, lorsque l’on considère un individu donné, les caractéristiques de ces rythmes sont robustes et reproductibles.
En pratique, des performances rythmées !
Notre vigilance peut être considérée comme un niveau d’activation générale de notre système nerveux central. Son niveau minimal observé entre 2 et 6 heures du matin augmente progressivement au cours de la journée pour atteindre un pic en fin d’après-midi (18 heures) et finalement décroître jusqu’à l’endormissement nocturne. Entre 13 et 15 heures, on observe également une forte diminution de cette vigilance, propice à l’endormissement (sieste) et ce, indépendamment de la prise d’un repas le midi. L’évolution du niveau de vigilance a un impact direct sur de nombreuses capacités cognitives telles que l’attention, la mémoire à court terme ou encore la prise d’information visuelle. Si vous devez réaliser des performances intellectuelles, préférez donc la fin de matinée : vous serez d’autant plus efficace !
Les performances physiques semblent quant à elles être rythmées par un autre chef d’orchestre : la température corporelle. Le niveau le plus faible se situe entre 4 et 6 heures du matin pour augmenter progressivement tout au long de la journée et atteindre son maximum entre 17 et 19 heures. L’augmentation de la température corporelle s’accompagne alors d’une amélioration de la vitesse de propagation des messages nerveux, de la force musculaire, de la coordination motrice ou encore de la souplesse. Ainsi, comme l’illustre la plupart des heures d’établissement des records sportifs, les performances physiques sont meilleures en fin d’après-midi.
Le manque de sommeil, un phénomène de société…
Dans de nombreuses circonstances (soirées festives, départ en vacances, travail posté, décalage horaire,…) le rythme veille-sommeil est perturbé, induisant une dette de sommeil. D’une manière générale, plus d’un tiers des français dort de 5 à 6 heures par nuit. Or, ceci ne correspond pas à leur besoin, puisqu’ils déclarent qu’ils dormiraient plus longtemps s’ils en avaient la possibilité. Ainsi, quatre personnes sur dix déclarent souffrir d’au moins un trouble du sommeil, et plus particulièrement d’insomnie (22% des Français) ou de troubles du rythme du sommeil (16 %). Si vous devez faire face à une privation de sommeil, vous ressentirez l’altération de vos performances cognitives dès les premières heures de la privation et cela ne fera qu’empirer jusqu’à ce que vous alliez enfin vous coucher. La fluctuation circadienne de ces performances persiste mais avec une diminution de l'amplitude du rythme (différence matin/soir abordée précédemment moins importante). Les effets du manque de sommeil dépendront de la nature de la tâche que vous aurez à effectuer (raisonnement logique, calcul mental, recherche visuelle, mémorisation de mots…) et de la durée de celle-ci. Des études montrent que les individus privés de sommeil ont généralement de plus en plus de difficultés à traiter les différentes informations sensorielles et à les interpréter afin de répondre à des stimuli externes. De ce fait, dans la vie de tous les jours, un individu en situation de privation de sommeil peut oublier de répondre au téléphone en l’entendant pourtant sonner, ou encore oublier de s’arrêter lorsque le feu passe au rouge par exemple… Par ailleurs, l’augmentation des temps de réaction est ainsi un des signes révélateurs d’un manque de sommeil.
Les performances physiques semblent quant à elles moins sensibles aux effets du manque de sommeil que les performances cognitives. Une minorité d’études fait toutefois état d’une altération significative des capacités physiques. Les travaux récents, fondés sur des outils d’analyse plus performants, rapportent entre autres, une altération des capacités d’équilibration, des capacités cardio-vasculaires, mais aussi des troubles immunitaires et une tendance à la prise de poids suite à une privation de sommeil aigüe ou chronique. Sur le terrain, cela se traduit notamment par une diminution du temps de maintien d’un exercice intense ou une augmentation du niveau de difficulté perçue.
Et les tâches complexes alors?
Les tâches les plus complexes telles que la conduite (automobile, motocyclisme, transports routiers) sont également sensibles aux effets de l’heure de la journée et du manque de sommeil. Les accidents graves et les comportements à risque sont ainsi plus nombreux la nuit que le jour. Cette implication particulièrement élevée dans des accidents parfois fatals, pose le problème du manque de conscience des conducteurs et des effets néfastes du manque de sommeil sur leurs capacités de conduite. Du fait d’un manque de connaissance et de représentation des risques encourus, ces derniers sous-estiment encore trop souvent les effets de la somnolence sur leurs capacités de conduite.
Vous l’aurez compris, un sommeil régulier et adapté à votre rythme personnel permettrait une nette amélioration de vos performances qu’elles soient intellectuelles ou sportives. Alors n’hésitez plus et respectez votre horloge interne !
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POUR ALLER PLUS LOIN :
- Fiche santé Troubles du sommeil
- Dossier Les mystères de la mémoire
- Actualité Manque de sommeil et anxiété : un lien prouvé
- Actualité Un nouveau procédé pour connaître votre horloge biologique
- Fiche pratique Changement d'heure : quels impacts sur le bébé ?
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Références :
- Enquête INSV - MGEN 2012 « Sommeil et performance au quotidien »
- Atkinson G, Davenne D. (2007). Relationships between sleep, physical activity and human health. Physiol Behav. 90:229-235.
- Atkinson G, Reilly T. (1996). Circadian variation in sports performance. Sports Med. 21:292-312.
- Bougard C, Espié S, Larnaudie B, Moussay S, Davenne D. (2012). Effects of time of day and sleep deprivation on motorcycle-driving performance. PLoS One. 7:e39735.
- Bougard C, Lepelley MC, Davenne D. (2011). The influences of time-of-day and sleep deprivation on postural control. Exp Brain Res. 209:109-115.
- Reilly T, Edwards B. (2007). Altered sleep-wake cycles and physical performance in athletes. Physiol Behav. 90:274-284.
- Sauvet F, Leftheriotis G, Gomez-Merino D, Langrume C, Drogou C, Van Beers P, Bourrilhon C, Florence G, Chennaoui M. (2010). Effect of acute sleep deprivation on vascular function in healthy subjects. J Appl Physiol. 108:68-75.
Clément Bougard, Chercheur, Institut de Recherche Biomédicale des Armées (IRBA).
Le contenu de ce dossier n'engage la responsabilité que de son auteur.














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